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Rapport technique – Dossier CIV-HS/Δ-21
Émetteur : Département de Surveillance des Civilisations Immatures
Destinataires : Commission Intergalactique des Enfants-Loups
1 - Objet : Évaluation de la civilisation identifiée sous le nom Homo sapiens (secteur galactique Sol-3).
2 - Statut développemental : Phase pubertaire civilisationnelle (catégorie Adolescence C/2).
3 - Comportement collectif : instabilité structurelle, agressivité endémique, absence de régulation interne durable.
4 - Niveau technologique : suffisant pour provoquer autodestruction, insuffisant pour exporter les risques hors du système planétaire.
5 - Indices observés : prolifération d’armes massives, exploitation incontrôlée des ressources, saturation atmosphérique, dépendance aux systèmes artificiels.
6 - Tendance générale : accélération vers un effondrement auto-induit par surcharge énergétique et entropique.
7 - Probabilité d’autodestruction : 87 % ± 3 sur une période inférieure à 5 millénaires locaux.
8 - Risques intergalactiques : négligeables (absence de propulsion supraluminique).
9 - Risques endogènes : maximaux, susceptibles de provoquer extinction partielle ou totale de l’espèce.
10 - Antécédents comparatifs : analogues aux civilisations classées Δ-Centauri et Loup-Gamma (issues : extinction totale).
11 - Évaluation psychoculturelle : comportement typique d’une entité adolescente – impulsivité, surconsommation, illusions de puissance.
12 - Conclusion analytique : absence de maturité suffisante pour bénéficier d’un protocole de sauvegarde.
13 - Décision de la Commission : Aucune intervention.
14 - Justification : conformité aux chartes intergalactiques (principe de non-assistance aux civilisations suicidaires).
15 - Mesure adoptée : reclassement de la planète en Zone d’observation passive.
16 - Délai de réévaluation : 2 ères orbitales standard.
17 - Conservation : échantillons biologiques intégrés aux archives lupines.
18 - Statut du dossier : clos, sauf événement imprévu.
19 - Code de traitement : Nourriture interdite – entité instable.
Fin du rapport.
L’adolescence c’est l’âge ou l’enfance, l’innocence, la douceur, s’effacent, balayés par des voix intérieures qui sonnent la révolte. Le cœur qui se cabre, le vide droit devant. C’est un corps qui grandi trop vite, qui s’échappe. C’est l’âge des conquêtes, de l’orgueil, des excès, des rêves et des mirages. L’âge où l’on part à la découverte du monde, des autres et de soi. Un moment où l’on touche ou brule ses limites. Les premiers vertiges, les tumultes, la peur, les doutes, les murs, les routes, les choix. C’est l’âge des expériences, de l’épreuve du feu, les rites de passage, des confrontations, et du déséquilibre.
L’humanité est immature, impulsive, frénétique. Elle est comme un adolescent en crise, un adolescent seul, sans repère, en rébellion contre tout. Un adolescent qui a découvert une drogue : le progrès, la consommation. Il en veut toujours plus, il est prêt à tout sacrifier pour en avoir plus. Cet adolescent se moque de la mort, il se moque de tout foutre en l’air pour avoir une nouvelle dose. Il est incapable de voir que l’abîme se creuse sous ses pas. Il attise le feu, contemple les flammes, sans se rendre compte que tout s’embrase autour de lui. Une lueur extatique brille dans ses yeux, une lueur de désir et de destruction. Une lueur qui le pousse sans cesse à repousser la nouvelle frontière, plus loin vers l’ouest et peu en importe le prix. L’ange n’existe pas, c’est la bête qui domine et elle n’écoute rien ni personne. Elle grimpe vers le sommet pour toucher le soleil, elle ignore que l’ivresse de l’ascension précède inexorablement le vertige de la chute. Tant qu’il s’élève, l’adolescent est immortel, peu importe sa fêlure, peu importe ses angoisses. L’important est de couvrir le silence des nuits par les oracles et les évangiles de la science. Les anciens dieux, sombrent dans l’oubli, ce sont des symboles des ténèbres du passé. Pour cet adolescent sauvage, seules compte la lumière, seules comptent les flammes, elles seules peuvent éclairer l’obscurité primordiale qui veut l’engloutir.
Excusez-les, ce sont des humains, et les humains, ils oublient tout et ne respectent rien. Ils ont oublié qu’il n’y a pas longtemps, ils marchaient dans la savane, ils ont oublié les arbres, ils ont oublié les animaux, les sols, les nuages, le vent. Ils ont oublié le temps, les odeurs, les autres. Ils ont oublié qu’ils ont besoin d’eau pour boire et d’air pour respirer.
Excusez-les pour ça. Excusez-les, mais au fond, cela n’a pas tant d’importance, car les humains ne sont plus là pour très longtemps. D’ici peu ils auront disparu. Ils vont faire une overdose et quitter cette planète comme ils sont venus. Et la planète va effacer les traces de leur passage, ça va prendre quelques millions d’année, mais elle a le temps. Les animaux, ceux-là, ou d’autres, différents, vont reprendre leur place en haut de l’échelle de Darwin
L’idée de l’album est de traiter de l’adolescence comme un mot polysémique : l’adolescence humaine, triviale, mais par extension, l’adolescence de l’humanité, des civilisations, de l’âme, ou du cosmos (rien que ça). En conséquence, une partie des chansons qui composent l’album s’encrent dans le sens premier du terme, à savoir l’expérience humaine de l’adolescence, qu’elle soit révolte, fuite dans les paradis artificiels, refus de l’avenir, anticonformisme, mépris. D’autres chansons sont nostalgiques, on y parle de l’adolescence avec un peu de regret, d’autres enfin regardent vers la suite, et les responsabilités que l’on va devoir assumer. L’album est découpé en deux faces très marquées en termes de style.
La face A est rock et un peu révoltée, la face B est plutôt rap et plus cérébrale. L’album commence par « un point sur une courbe » qui évoque la recherche de l’identité, d’individualité, être en dehors du cercle, pas sur la courbe. Puis « la génération perdue » parle des drogues et des fuites vers les paradis artificiels, elle est également une des deux chansons de l’album utilisant des références à des films de Disney (avec « la fée clochette ») dont les échos sont encore forts quand on sort de l’enfance. Les autres chansons abordent d’autres aspects comme la révolte et l’autodestruction, les dérives borderlines, la confusion etc… Les deux dernières chansons de cette première face abordent le problème du harcèlement, il s’agit d’un dytique qui se finit dans un bain de sang inspiré de « Elephant » de Gus Van Sant qui m’avait beaucoup marqué à sa sortie. Cette face m’a permis de mettre en œuvre un certain nombre de nouvelles pédales d’overdrive avec bonheur, par exemple, un son particulier produit par une pédale estonienne peut être entendu sur la première et la dernière chanson.
La face B n’a quasiment pas de guitares (à part sur « les nouvelles aventures » qui est une chanson sur la dynamique de la vie lorsqu’elle est devant soi) et elle est assez electro et cuivres. Elle commence par « En noir et blanc », une chanson sur la nostalgie du temps passé, puis la disneyenne « Fée clochette » parle de la difficulté à devenir adulte. « Debout sur la planète » de l’abandon des idéaux, « ne pas trop penser » sur le thème « quand je sera grand je sera pompier ». « Une jeunesse dorée » fait référence à la belle vie de certains post adolescents pas encore dans le flux adulte, un moment où la vie est belle, où l’on est un demi-dieu. « Pourquoi tu m’causes » est une blague sur une situation réelle, dans un bar, qui m’a fait beaucoup rire il y a bien longtemps. Enfin « C’est ton job » parle du devoir et de la responsabilité des générations passées et des générations futures. C’est un message sur l’implication de chacun, sur la nécessité de la conscience, c’est une mise en perspective de l’ensemble des autres chansons pour élargir le scope.