Gros Bonnets, Grosses Légumes
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  • 0 - L'Ombilic des Limbes
  • 1 - Les Poissons
  • 2 - Poèmes (florilège)
  • 3 - Verlaine boit
  • 4 - Avec moi Dieu le chien
  • 5 - L'enclume des forces
  • 6 - Neige
  • 7 - Les nouvelles révélations de l'être
  • 8 - Interjections
  • 9 - Je ne vous aime pas
  • 10 - Les malades et les médecins
  • 11 - Lettres à Génica
  • 12 - Paris-Varsovie
  • 13 - Je ne crois plus aux mots des poèmes


song L'Ombilic des Limbes
song Les Poissons
song Poèmes (florilège)
song Verlaine boit
song Avec moi Dieu le chien
song L'enclume des forces
song Neige
song Les nouvelles révélations de l'être
song Interjections
song Je ne vous aime pas
song Les malades et les médecins
song Lettres à Génica
song Paris-Varsovie
song Je ne crois plus aux mots des poèmes
album

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An départ, il y a une conscience, vaste, insondable, évoluant dans l'univers complexe de l’esprit. Un esprit en quête de sens, qui, sous le poids de ses propres abîmes, s'approche inexorablement d’une limite au-delà de laquelle tout s'évanouit dans l'obscurité. La conscience, en se rapprochant de ce point de non-retour, éprouve une pression accrue, une dilatation de sa propre réalité, jusqu’à perdre toute perspective de cohésion.

Cette frontière infranchissable est un lieu où la l’âme elle-même s'efface, avalée par la gravité inexorable de l’angoisse. Une angoisse qui s’étire et s’intensifie, jusqu'à déformer le tissu même de l’esprit. À mesure qu'on s'approche de ce centre d’attraction, la conscience se fragmente : chaque pensée, chaque souvenir, chaque idée s'étire, se distend, et finit par se dissocier des autres, jusqu'à ne plus former qu'un réseau épars de fragments de soi.

Au-delà de l’horizon des événements, la conscience est perdue. Une part obscure et inconnue de nous-mêmes, qui attend, patiente et pleine de mystères, au sein de notre inconscient s’élargit, engloutissant les dernières lueurs de clarté rationnelle, imposant au moi une dissolution où les contours de l'identité s’effacent.

Au-delà de l’horizon des événements, le monde matériel se dissout dans l'immatériel, l'individu se distord, se réduisant peu à peu à une matière psychique informe, modelée par l’inconscient collectif. Le moi conscient, tentant de résister aux forces de la déraison, se trouve aspiré dans une spirale descendante ne répondant plus à aucune logique cartésienne. Il obéit aux pulsions irrationnelles, aux archétypes enchevêtrés qui composent l’architecture cachée de notre psyché. Ces archétypes se manifestent alors sous des formes de plus en plus déformées, impossibles à distinguer, tourbillonnant jusqu’à se réduire en poussière mentale.

Au cœur de cette descente, le moi, désormais scindé, rencontre ce qui semble être une dernière particule de son essence, un noyau réduit à un état de singularité. En cet instant, la réalité n'a plus de poids, le temps n'a plus de signification ; seule persiste la sensation d’un désespoir sans fin, d'une dissolution où les dernières parcelles de la conscience glissent dans l’inconnu. Et l’esprit, captif de cet effondrement mental, devient lui-même un fragment d’ombre, dernier vestige d’une existence perdue, dernier éclat avant l'obscurité totale.

La « descente aux enfers » d’Antonin Artaud n’ouvre aucun espace pour le salut. Il s’agit d’une destinée tragique, d’une chute dans le gouffre sans fin de l’indicible sans aucune chance de remontée. Avec cette chute, Artaud devient le symbole d’une errance psychologique absolue, l’illustration d’un esprit qui, en cherchant à transcender l’humain, s’y est enfoncé si profondément qu’il n’a trouvé ni libération ni retour. Dans cette explosion de l’âme, il incarne une limite ultime de la pensée humaine, une épreuve de l’esprit où la liberté est une forme de damnation, et où la descente aux enfers, au lieu d’élever, précipite l’âme au-delà du rationnel, vers une éternité d’angoisse et de fragmentation.

Antonin Artaud est un poète absolu, il est contraint à dépasser les limites de la raison même, incapable de tout compromis entre ce que la société exige et la vérité indicible. Alors son esprit se heurte perpétuellement à l’absolu et le voile qui nous protège tous et recouvre le noumène, Artaud, le déchire, s’exposant à une confrontation avec la pure douleur, une confrontation qui ne libère ni ne conforte, mais qui marque l’esprit de brûlures ineffaçables. Artaud, est confronté à un voyage sans but, à un abîme infini où chaque souffrance se reformule sans fin, où chaque pensée se retourne contre elle-même dans un délire, une déconstruction. Ce n’est pas un cheminement graduel vers une vérité divine ou une forme de rédemption ; pour Artaud, chaque détour du chemin le mène plus loin de lui-même, le sépare. En cela, il incarne une version « pure » de l’errance, un purgatoire permanent qui n’appelle pas de salut, mais qui expose une confrontation avec une réalité décharnée, brute, où le Moi ne reconnaît plus les structures stabilisatrices de la pensée ou de la perception et où apparait la séparation entre soi et soi. Ces structures deviennent les fers d’une perception contaminée, où les institutions de la société, les lois de la pensée, voire le langage lui-même sont perçus comme des prisons, ou plus encore, des supplices imposés par un tribunal cosmique, divin. Artaud est seul, sans fil conducteur dans ce labyrinthe de douleurs ; il plonge, sans espoir de secours, dans une solitude qui repousse toute rationalisation.


Cet album est certainement l’un des plus compliqué à appréhender pour vous qui l’écoutez. Les textes de Artaud sont pour moi à la fois très poignants et très beaux. Mais ils sont souvent soit sibyllins, soit désagréables au commun des mortels : ils nous dépassent, ils nous interrogent ou ils nous indiffèrent c’est pour chacun différent, et c’est tant mieux. Sur le plan de sa construction, l’album est conçu comme une chute inéluctable au milieu du trou noir de la folie. A partir d’un certain moment, assez tôt en fait, Artaud a dépassé l’horizon des évènements, il ne pourra plus revenir et il va s’enfoncer. Mais ses textes restent les témoins de cette chute vertigineuse et il écrit si bien que même déconstruits, même « séparés » ils nous renseignent sur l’intérieur du trou noir, ce qui est normalement impossible d’après les lois de la physique. Pour rendre compte du désordre mental en agitation exponentielle de l’auteur, j’ai choisi de l’accompagner avec une musique essentiellement électronique, une musique que l’on entend dans des festivals branchés ou des boites alternatives : la psytrance. La trance psychédélique est un style de musique basée sur des rythmes rapides (généralement entre 135 et 150 BPM) et des sons répétitifs et hypnotiques. La structure sous-jacente de la psytrance est une rythmique immersive sur lesquelles se mêlent des couches de mélodies psychédéliques et d’effets électroniques. Les morceaux sont souvent longs et progressifs, ils s'enrichissent de montées et de descentes et sont souvent l’objet de trances individuelles ou collectives. Tout cela convient bien à l’illustration de cette chute dans le chaos. Alors, bien sûr, je ne suis pas un puriste du style et j’ai fait ma propre « tambouille » en m’inspirant de gens comme les Infected Mushrooms.

La face A c’est le début de la chute, les premiers morceaux sont plus « audibles », plus proches du hiphop/trap que de la psytrance, ils sont calmes avec quelques fêlures. On commence en planant un peu mais c’est presque normal. Mais ça monte (ou plutôt ça chute) peu à peu. Ça commence à partir en vrac à partir de « l’enclume des forces » en particulier dans la seconde partie de la chanson. Avec « Neige » on revient à un petit calme pour clore la face. La face B est celle où l’on plonge au-delà de l’horizon des évènements. Au départ c’est encore un peu lucide, on peut presque comprendre ce que dit Artaud. C’est là qu’on commence à aborder le concept de la fragmentation ou plutôt de la « séparation » : être séparé de soi-même. A partir de là c’est souvent assez difficile à comprendre, il sombre, mais c’est très évocateur : Antonin Artaud, l’homme de la terre, le dieu rat, les dis-mille serpents, du corps par le corps etc… On tombe, on tombe. On rencontre des médecins incapables et mécaniques, des lettres à sa bien-aimée incohérentes, je hais et abjecte en lâche etc… et puis on conclut par un court morceau final ou il essaye de nous faire comprendre quelque chose…