Gros Bonnets, Grosses Légumes
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  • 0 - Dizain, débauche
  • 1 - Les contrerimes
  • 2 - Le point noir, El Desdichado
  • 3 - Le lac
  • 4 - Ballade à la lune
  • 5 - L'âme
  • 6 - Il est d'étranges soirs
  • 7 - Au bord de l'eau, ici bas
  • 8 - Rendez-vous
  • 9 - Laisser-courre
  • 10 - Epitaphe
  • 11 - Elizir d'amor
  • 12 - Chanson grise
  • 13 - Triolets fantaisistes
  • 14 - La dame de l'automne
  • 15 - Mon âme a son secret
  • 16 - Je dis toujours la même chose
  • 17 - Les plus beaux vers


song Dizain, débauche
song Les contrerimes
song Le point noir, El Desdichado
song Le lac
song Ballade à la lune
song L'âme
song Il est d'étranges soirs
song Au bord de l'eau, ici bas
song Rendez-vous
song Laisser-courre
song Epitaphe
song Elizir d'amor
song Chanson grise
song Triolets fantaisistes
song La dame de l'automne
song Mon âme a son secret
song Je dis toujours la même chose
song Les plus beaux vers
album

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Dans un coin où, jadis tout scintillait, la nuit s’installa. Un grand froid sans fin, un noir sans nom, couvrit salons d’imaginations, romans, narrations, sagas. Là où l’illusion tournait, un chaos lourd arriva, rond sans but, broyant tout dans un flux constant. Plus aucun mot, plus aucun flux. Tout court au profit, au gain, au faux clair brillant. Voilà qu’un froid marchand capta tout, abolissant tout. Alors l’humain sans mot, sans goût, vacilla. Où sont-ils partis ? Ainsi, un mot pulsait dans l’air : disparition…

Cette disparition n'est pas qu'un effacement physique ; c'est une perte subtile et insidieuse. Avec elles disparaît un espace de lenteur, un lieu de conversation muette entre les œuvres et ceux qui les cherchent. Le monde rejette tout ce qui ne peut être classé, étiqueté, consommé en un instant. Les livres meurent et les mots s’effacent sans bruit. Mais où les mots se cachent-iles ?

Les mots sont les filaments d'une toile subtile, tendue entre les esprits. Mais lorsque les âmes se sont repliées sur elles-mêmes, les ponts invisibles se sont rompus, ils se sont étiolés dans l’effroi de l’éloignement. Quand les âmes se dérobent les mots deviennent fades, desséchés, incapables de porter la charge des étoiles. L’éloignement des âmes les prive de leur écho, les condamnant à n’être plus que des coquilles vides. Où sont allées les âmes ?

Le chant originel est fracturé, les âmes se diluent, s’écoulant lentement dans les interstices du temps, hors d’atteinte. Les âmes sont de fragiles alchimies de lumière et de désir, elles n’ont pas trouvé leur refuge dans ce monde. C’est un exil sans bannissement, un choix imposé par la dissonance. Ce monde, mal ajusté, fait résonner en elles des notes discordantes, qui les dispersent en mille éclats. Ces éclats flottent alors dans le vide, cherchant une harmonie qui ne vient jamais. Elles s’éloignent, comme des marées qui ne reviendront plus, laissant derrière elles un écho éteint, une nostalgie sans nom. Le monde alors devient plus lourd car sans les âmes pour le rêver, les anges, gardiens des seuils, messagers des silences, se sont tus, effrayés par l’érosion des mondes intérieurs. Quand les anges se taisent, ils emportent avec eux cette subtile mélodie qui guidait les âmes à travers l’obscurité. Sans eux, le chemin devient flou, les repères se brouillent. Mais alors, qui sont ces anges dans ce monde qui ne rêve plus ?

Parfois, ce sont les murmures d'un temps qui se dérobe, des reflets d'étoiles éteintes qui dansent encore dans les yeux de ceux qui rêvent. Ce sont des instants suspendus, des fragments d'éternité prisonniers du souffle d'un vent qui n'existe plus. Ils marchent alors au bord des abîmes, témoins de l'invisible, gardiens d'un seuil que nul ne franchit et leur chant ébranle les âmes lorsque le monde se tait. D’autres fois, ce sont les ombres d’un autre monde, l’essence de murmures anciens, des vestiges d'une lutte primordiale entre la lumière et l'oubli. Ils se nourrissent alors des failles, des faiblesses, gardiens cruels de nos fragilités et de nos éclats. Qui sont ces ombres qui rôdent dans les ventres creux des cathédrales abandonnées, aux frontières de l’obscurité, attirées par le parfum des âmes perdues ?

Ces anges noirs, ces stryges, ces gargouilles sont des esprits torturés et les contrepoints ébréchés des habitants lumineux des sphères célestes. Ils incarnent la contreculture et ils contrebalancent le murmure des anges par leurs grincements. Quand la pénombre envahit les contreforts de la mémoire, leurs contrecœurs entonnent des chants silencieux. Loin des harmonies divines, ils sont à contretemps des hymnes divins. Ils demeurent les témoins obscurs des ténèbres, les ailes déchirées qui fouillent les recoins où la lumière ne s'aventure pas. Parce que leurs cousins lumineux promettent le salut, ils le refusent, et s’enfoncent dans le chaos de l’esprit, là où le diable déclame ses contrerimes. C’est de ces lieux sombres que monte le chant des gromantiques.

L’idée de faire un album regroupant des poèmes de l’époque romantique est pour une part non négligeable liée au plaisir du titre de l’album : « les Gromantiques ». Ce titre me plait particulièrement. Une autre raison est que certains poètes sont vraiment dans mon cœur (De Nerval, Cros, Corbière etc…) mais que je n’aurais pas pu leur consacrer un album complet. Une autre raison est que je possède, venant d’un de mes grands-pères, une ancienne anthologie en trois volumes appelée « Anthologie des Poètes Français Contemporains » éditée en 1925 qui inclue quelques perles inconnues que je souhaitais dire. Bref, pleins de bonnes raisons de réaliser cet album. Il y a quelques poèmes connus comme des « classiques » sur lesquels nous avons tous plus ou moins soufferts au lycée, comme « El Desdichado », « Le Lac » ou « Ballade à la lune », et il y a des trucs presque inconnus comme « l’âme », « Dizain », ou « La Dame de l’Automne ». Certains sont plus « convenus » que d’autres, mais tous ont pour moi un « petit quelque chose » qui les rend intéressants ou touchants.

Comme souvent, l’album est construit avec deux faces, la première est celle où l’on trouve la plupart des poèmes « incontournables », les orchestrations sont un peu tarabiscotées. Elle se termine sur le déchirant « Rendez-vous » de Charles Cros. La seconde est plus légère, avec des textes ayant un peu plus de second degrés ou d’humour selon comment on voit les choses, la musique est plus minimaliste.