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Connaissez-vous les Jarawa ? Ils habitent un chapelet d’îles au nord de l’archipel des îles Andaman, au large de la côte orientale de l’inde. Ils sont les premiers habitants du sud-est asiatique, ils sont arrivés là il y a cinquante mille ans. Ils sont noirs, très noirs et ressemblent beaucoup à des africains. Cependant, leurs caractères génétiques montrent qu'ils dérivent, comme les asiatiques modernes, non d'une parenté récente avec les africains, mais d'une très ancienne vague d'immigrants Homo sapiens africains. Les Jarawa n'ont pas de mots pour le futur, car ils marchent toujours aux côtés de leurs ancêtres, écoutant les bruits de la terre, les mouvements de l'eau, la parole des oiseaux. Pour les Jarawa, la beauté du corps est primordiale car l’âme se sent mieux dans un beau corps. Le monde moderne gronde en périphérie, mais pour eux, il n’existe qu’un bruit lointain, pour eux, la modernité est une silhouette étrangère, un murmure effrayant venu d’un autre monde, où le passé et l’avenir sont des lignes droites et rigides. Les Jarawa, eux, suivent le cercle éternel. Ils appartiennent à la danse lente de la forêt, à l'écho sans fin de leurs propres pas dans l'épaisseur du monde. Les Jarawa vont disparaitre, dans le meilleur des cas parqués dans une réserve ils vont attraper nos maladies contre lesquelles ils ne peuvent pas se battre, et vivront assistés en périphérie de notre monde. Cinquante mille ans de vérité vont disparaitre, merci, aurevoir.
Connaissez-vous les Mlabri ? Ils habitent dans les montagnes du nord de la thaïlande, ils sont quelques centaines. Mlabri, dans leur langue veut dire « peuple de la forêt ». Ce sont des voyageurs éternels de la forêt, des nomades insaisissables, vivants au fil des jours dans une danse de l’instant. Ils sont comme des esprits flottants, ils font partie de la forêt, elle guide leurs errances. Ils vivent sans traces, sans chemin balisé, iIs s’installent où les feuilles tombent, et s’en vont quand elles jaunissent. Ce petit peuple discret ne produit pas, ne construits pas et se contente de ce que la forêt veut bien lui donner, humblement. Ils semblent ne connaitre ni la propriété, ni l’envie, ni le regret. Ils parlent aux arbres et aux ruisseaux, plus qu'aux hommes d'autres terres. La forêt les appelle et les protège, gardienne de leurs esprits libres, de leur parole rare. Leur culture va être désintégrée, par la déforestation bien sûr, par la désespérance et malheureusement par l’attrait des influences extérieures. Leur forêt meurt, détruite pour cultiver, produire. Le peuple Mlabri va disparaitre, merci, aurevoir.
Connaissez-vous les Yanomami, ils sont environ quinze mille à vivre dans la forêt amazonienne. Leurs villages circulaires s'ouvrent vers le ciel comme un œil éternel tourné vers l'infini, un œil qui scrute la danse des étoiles, les visions des chamanes, les rêves de la terre. Ici, la frontière entre le rêve et la réalité s'efface, se dissout dans un nuage de vapeurs de plantes sacrées. Les Yanomami ont deux âmes : l’âme de mort et l’âme d’ombre, pendant la vie terrestre l’âme d’ombre habite un animal, à la mort, lors de la crémation, l’âme de mort s’élève et ve s’unir à l’âme d’ombre. Les chamanes, avec leurs chants et leurs prières, appellent les esprits des ancêtres, des animaux et des dieux anciens. Ils savent écouter la voix des jaguars, capter le murmure des arbres ; ils savent parler aux forces invisibles qui rôdent dans la nuit, là où le monde matériel s’efface. Les Yanomami ne craignent pas la mort, car ils savent que l’âme s’envole comme une feuille prise dans le vent, pour rejoindre les esprits de la forêt. Ils parlent des êtres invisibles qui dansent au bord des rivières, qui sautillent d’arbre en arbre. Pour eux, tout est lié, tissé dans une trame sacrée : les vivants, les morts, les animaux, et même les rivières qui serpentent à travers la forêt. Mais au loin, un monstre de métal, de béton et de certitude gronde, un géant étrange qui avale les forêts et recrache des montagnes d’ombres. Les rites, la spiritualité, les visions, l’imaginaire, tout cela va disparaitre aussi, merci, aurevoir.
Connaissez-vous les peuples de la vallée de l’Omo ? Connaissez-vous les Surma ? Les Surma sont des guerriers, ils marchent pieds nus dans la vallée, là où la terre est chaude et rouge comme un cœur battant. Ils portent des ornements de fleurs et de feuilles, des colliers faits de cornes d’animaux et d’os sculptés, des couronnes végétales qui semblent pousser directement de leur peau. Leurs visages s’ornent de disques d’argile, de marques d’initiation, de spirales infinies qui rappellent les secrets du cosmos. Chez eux, chaque ornement, chaque peinture, chaque scarification, chaque rituel est une passerelle vers un monde caché, une offrande aux esprits de la terre et des ancêtres. Connaissez-vous les Nyangatom ? Pour eux, le monde est une arène de combats sacrés et de danses rituelles. Dans leurs chants, on entend les échos des montagnes, le grondement des troupeaux, la plainte des rivières aux eaux capricieuses. Ils chantent pour les ancêtres, pour la pluie qui tarde, pour les esprits invisibles qui peuplent leurs rêves. Ils vivent là où les rivières changent de cours comme des souvenirs fuyants, et où le vent parle de mystères anciens. Connaissez-vous les Mursi ? Les femmes Mursi portent sur leurs lèvres inférieure un disque d’argile, qui parlent de fierté, d’une beauté sculptée par le défi. Les Mursi sont souvent couverts de lignes blanches. Ils sont fières, belliqueux, ce sont des guerriers toujours prêt au combat, ils ont souvent des fusils mitrailleur, ils habitent des villages faits de huttes rondes. Connaissez vous les Hamar ? Ils sont les enfants du soleil et de la terre rouge, Les femmes Hamar, parées de colliers et de coquillages, sont comme des gardiennes d’un savoir ancien qui danse dans le creux de leurs regards. Elles tressent dans leurs cheveux de longues mèches teintées d’ocre, comme autant de fils tissés entre leur être et la terre, leur âme et les ombres des ancêtres. Elles portent le poids de leurs traditions avec une grâce farouche, et leurs chants résonnent entre les montagnes comme des appels venus d'un autre monde, un royaume enfoui où les frontières du visible et de l’invisible s’entrelacent. Connaissez vous les Banna, Les Borana, les Arbore, les Konso, les Dassanetch , les Karo, Les Hamar, tous ces peuples de la vallée de l’Omo, berceau de l’humanité, une vallée du fond des âges. La vallée de l'Omo s’étire comme une cicatrice ancienne sur la peau de la Terre, gravée par des millénaires de souvenirs, la terre y murmure à qui veut l’entendre les chants du Grand Rift. La vallée de l'Omo et le Grand Rift sont les gardiens d’une origine ancienne, d’un rêve, d’une promesse enfouie. Le berceau de l’humanité y repose en équilibre fragile. Ici, l’humanité s’est éveillée, Et depuis, les peuples de l’Omo ont perpétué cette mémoire silencieuse. Leurs rites et leurs chants font écho à la mémoire première, celle qui, sans mots, raconte la fêlure et l’aube, la danse et le cri. Le Grand Rift est le fil conducteur, la cicatrice brûlante qui lie le cœur des hommes aux entrailles de la Terre. Mais tôt ou tard, nous allons gérer le problème et faire disparaitre tout ça : merci, aurevoir. Et tout cela, bien sûr, ça file un gros blues…
Ces peuples « premiers » existent, vivent comme de nombreux autres un peu partout dans les contrées encore épargnées du monde : l’Afrique, l’Amazonie, la nouvelle guinée, le sud-est asiatique. Ils existent mais probablement plus pour très longtemps, ils sont le lien ténu qui nous relie à notre histoire, à ce qui a fait notre humanité. Nous allons effacer tout cela pour construite une autoroute, un aéroport, une ville ou un supermarché ou alors pour produire plus de choses que nous jetterons ensuite. Tout cela me file le blues, le « gros blues ».
Cet album n’a pas été composé comme un tout, il regroupe des chansons composées au fil du temps mais ayant une espèce de lien commun de fil conducteur les liant au blues. Comme tout album qui se respecte, l’album a deux faces : la première face se termine sur « Le p’tit aime bien raconter des histoires » et donc forcément, la seconde démarre sur « Ma dernière cigarette ».