|
Arthur Rimgros a été enlevé par des extraterrestres, il a été décérébré, puis redéposé quelque part dans l’est de l’Afrique. Les « voyelles colorées », les « bateaux ivres » et autres illuminations spectrales ont été volés à l’humanité et transférés vers une galaxie éloignée. Les poèmes furent scindés en molécules de souvenirs avant d’être projetés dans un espace-temps lointain, ils furent capturés, encodés et stockés dans une matrice luminescente aux antipodes de notre galaxie. Les envahisseurs veillent, ils nous ont volés, ils nous volent encore, et ils nous voleront toujours. Ces envahisseurs sont des prédateurs culturels, ils n’ont ni langage, ni art, ni poésie. Leur civilisation, purement fonctionnelle, s'est construite sur la dévastation systématique des imaginaires. Ils ne détruisent pas les planètes, ils les vident de leur génie. Shakespeare, Homère, Vinci, Mozart : tous furent, selon certains, victimes de ces pillages transcendantaux. Les éclats d’inspiration qu’ils volent sont assimilés, réinterprétés et dispersés comme des spectres à travers les constellations.
Les envahisseurs laissent trainer des informations contradictoires afin semer le trouble : « il était arrivé au bout d’un processus de création trop fécond ou trop insatisfaisant », ou bien « Ce silence de plomb, c’est une révolte sourde : ce succès immédiat, cette facilité à parvenir à une écriture aboutie sans effort lui ont semblé trop étroit » ou bien encore « Il en eu a marre, il a eu le sentiment de se mentir, d’être un imposteur ». Ou bien enfin : « C’est un refus absolu de se conformer, de plier sous les attentes des autres, la fuite d'un homme libre, la fuite d’un homme enchaîné par ses propres contradictions, un homme qui a voulu trop voir, trop vite, et qui s’est brûlé à la lumière qu'il cherchait. Il a fui pour se libérer de la poésie elle-même, de ces chaînes invisibles qui l’enfermaient dans une spirale de mots et de rêves insatiables pour se réinventer là où aucun poème ne pourrait le suivre. »
Ils sont là. Invisibles, silencieux, omniprésents. Des entités sans nom, surgies des ténèbres interstellaires, glissant à travers les couches de notre réalité comme des ombres dans un miroir. Ils se nourrissent de ce que nous avons de plus précieux : nos éclairs d’inspiration, nos élans créateurs, nos visions lumineuses. Ce qu’ils veulent n’est ni notre monde ni nos corps, mais nos âmes transfigurées par le feu de l’imagination. Ils ne détruisent pas : ils effacent. Ils laissent des traces, mais ces traces sont faites d’absence. Ouvrez les yeux, écoutez le silence oppressant qui s’est insinué dans notre culture. Avez-vous remarqué comme le monde semble s’être aplati ? Comme si les idées neuves se raréfiaient, comme si les voix qui portaient autrefois des visions de l’infini n’étaient plus que des échos déformés ? Ce n’est pas une coïncidence. Ils sont parmi nous, extrayant méthodiquement tout ce qui dépasse, tout ce qui brille, tout ce qui transcende. Les envahisseurs veillent et pour ne pas subir le même sort je reste caché avec une passoire métallique sur la tête.
Sur le plan musical, ma volonté, en réalisant cet album était de faire un album de « CyberJazz ». CyberJazz quezako ? Alors pour moi, CyberJazz ça veut dire un mélange de jazz de planant et d’électro. Un truc à la frontière entre le Pink Floyd période Dark Side, Miles Davies période Tutu et St Germain. Les grands exemples de réussite de métissage de ce type étant les travaux de Nils Peter Molvaer, Erik Truffaz ou de Bugge Wesseltoft (entre autres). Je suis un fan des disques de ECM et un grand admirateur et de Manfred Eicher. J’aime l’espace dans les sonorité générales et l’espace temporel, le silence hérité de gens comme Miles. J’aime le mélange entre modernité et classicisme, entre sons acoustiques et électroniques. Alors, évidemment je n’ai absolument pas le niveau technique et le bagage théorique de ces musiciens d’Europe du nord, mais j’avais envie de m’y frotter en mélangeant des sons et des rythmes électroniques avec la légèreté et la virtuosité du jazz. Le résultat c’est cet album qui me ravi. Je trouve que les textes de Rimbaud se marient de par leur légèreté et leur incandescence avec le concept cyberjazz.
L’album est comme d’habitude, composé de 2 faces, la première termine avec « rêve pour l’hivers », la seconde commence sur « Mes petites amoureuses ». La pochette est en lien avec Icare et sa chute symbolique, on le comprend mieux sur le verso…