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Au fin fond des confins cosmiques, à des millions d’années lumières de la terre, une planète bleue un peu semblable à la terre tourne autour d’un soleil singulier. Cette planète s’appelle Ecopia, elle abrite des créatures qu’on pourrait aisément qualifier d’archétypes vivants de la félicité et de la complaisance : les Euchérites. Ces entités, d’une bienveillance absolue, semblent tissées de soie et de lumière. Leur existence est dédiée à une célébration incessante de l’harmonie universelle. Ici, la haine est une abstraction, la discorde, un mythe, et la compétition, un conte oublié. Chaque individu veille à la préservation de son prochain et de son environnement avec un zèle quasi-religieux, édifiant une harmonie où règne la sérénité.
Toutefois, dans un recoin ombrageux de la planète, un bourg clandestin trahit cette perfection idyllique : GrrVille. Ce lieu, érigé comme un cri contre l’immaculé, est le bastion d’un groupe d’êtres qui se revendiquent comme les Grrnours. Ces âmes en rupture sont non seulement incapables de s’immerger dans l’océan de béatitude ambiant, mais y sont violemment allergiques, comme si chaque éclat de rire et chaque note d’harmonie était un acide corrosif pour leur être. Leur credo ? Le bonheur est un poison lent, et l’amour, une illusion oppressante.
Chaque aurore marque pour les Grrnours une nouvelle tentative de saper les fondations de cet édifice de complaisance. Ils souillent les rivières cristallines de leur venin technologique, arrachent les fleurs soigneusement cultivées, obscurcissent les lampes solaires d’Ecopia et insidieusement distillent des rumeurs venimeuses pour fracturer l’unité des Bisounours. Leur ambition ne connaît aucune borne : ils rêvent de réduire Ecopia à un champ de désolation stérile, un paradigme où règnent des valeurs qu’ils estiment plus authentiques — la domination brutale, l’exploitation effrénée des ressources, et une guerre totale contre toute forme de limitation morale ou environnementale.
Mais ces dissidents en quête de chaos sont assiégés par une majorité écrasante qu’ils perçoivent comme des adorateurs naïfs d’une utopie autodestructive. Les Euchérites, armés de leurs charmant amour et de leurs incantations de fraternité universelle, cherchent à désamorcer chaque initiative subversive, à faire ployer le cynisme sous le poids de leur magie de bonheur. À chaque provocation des Grrnours, Ecopia répond par des vagues d’amour rédempteur, étouffant les cris d’insurrection sous des marées de bonté aveuglante.
Mais les Grrnours, loin d’être vaincus, cultivent un secret aussi sombre que leur cœur : lorsque le voile de la nuit recouvre Ecopia, ils s’assemblent en un rituel clandestin. Là, dans des cavernes résonnant de distorsions électriques, ils invoquent des forces archaïques, des entités chaotiques, incarnations de la rébellion, qui leur insufflent la force de continuer leur croisade contre l’ordre immaculé. Leur hurlement rauque est une réponse défiant l’uniformité d’Ecopia, une mélodie dissonante qui murmure que même au cœur du paradis, le chaos trouve toujours un écho. Dans la nuit, ils invoquent les dieux du Rock and Grroll…
2022 : après le confinement et les accents un peu intimistes de Grosvid 19, puis le petit détour vers les poètes romantiques du 19ème de Gromantiques, place à l’action. L’idée est que ça barde : du blues rock solide et un peu décalé genre black keys. Le thème de l’album est venu peu à peu, c’est une histoire d’indignation : Il y a quelque chose qui cloche, tout le monde s’en rend compte. On sait tous qu’on nous raconte des bêtises, et on les gobe sans trop y penser. Pourquoi ? parce que c’est plus facile de gober que de se lever et dire qu’on n’est pas d’accord.
Pour faire un album rock, il faut être aiguisé, tranchant, il ne faut pas tergiverser, il y a ce/ceux qu’on aime et ce/ceux qu’on n’aime pas, ce qui est bien et ce qui est mal. Il a ce qu’on dit et ce qu’on fait. « I don’t like the way you walk, I don’t like the way you talk », « should I stay or should I go » et pis c’est tout ! Un truc important : il ne faut pas trop s’étendre : le rock est concis, le rock est binaire : poum et tchac, point barre. Et puis le rock fonctionne pas mal avec des ellipses : « Don’t step on my blue suede shoes » ça veut dire ne viens pas me faire pas chier sinon ça va mal aller. C’est imagé, c’est direct et ça claque. C’est un peu triste que ce soit Elvis Presley qui l’ai fait connaitre et pas Carl Perkins, mais bon, le rock c’est aussi les beaux gosses et le look.
La ligne à tenir c’est d’être rigoureux, intransigeant : rester rugueux et fuir le son lisse des charts et de la variet’. Le rock c’est brut, sauvage, dur, lourd ; c’est révolté, énergique, et puis c’est direct, simple et honnête. Les paroles essayent de suivre cette ligne : ne pas être trop explicite, faire quelques ellipses mais balancer des vérités premières sur nos couardises, nos démissions.
Rock and Groll a deux faces, la première commence par « A l’état sauvage », dernière chanson composée pour l’album et se termine sur « le chat noir » et la tristesse du constat, qui essaye d’être dans la veine Lou Reed et le Velvet. Au milieu, il y a « On veut tout » parce que c’est ce qui nous motive … et nous désole, « Alors qui ? » qui parle de couardise justement, il y a le rock simple de « Sceptique », le genre un peu hard de « Ca va être rock’n roll » et le speed de « il va falloir accélérer ». La seconde face démarre avec « Sur le fil du rasoir ». Ce fil est le fil conducteur de l’album : le fil sur lequel marche le funambule, la corde pour se pendre, la mèche de la dynamite. L’idée du fil qui nous relie tous est en lien avec la mèche de la pochette qui relie la flamme aux bâtons de dynamite sur le recto et à l’explosion du verso. C’est sensé (tout proportion gardée) faire un tour du côté du Babelogue de Patti Smith en moins péchu quand même. Ensuite il y a un morceau basique : « Comme des funambules », puis « Le mauvais garçon » et les déceptions, les regrets, et aussi « Les rats » où je suis assez content de la lourdeur de la guitare , Basse fréquence pour les mauvaises vibs. L’album se clos sur « Un iceberg dans la mer » qui évoque la fonte de la banquise.